Eramet : Paris renforce son pouvoir d’actionnaire, quel pouvoir de négociation pour le Gabon ?

Source : Gabonreview · Dimitri Mimongo ·

Eramet : Paris renforce son pouvoir d’actionnaire, quel pouvoir de négociation pour le Gabon ?

L'essentiel

  • La France devient premier actionnaire d’Eramet (jusqu’à 49 % des droits de vote) pour sécuriser les approvisionnements européens en métaux critiques, dans un contexte de difficultés financières du groupe.
  • Le Gabon, actionnaire minoritaire de Comilog (28,9 %), doit négocier de nouvelles garanties industrielles et emploi avec Paris, désormais en position de force politique plutôt qu’industrielle.
  • Les projets de transformation locale du manganèse (700 000 tonnes/an d’ici 2031) dépendent de financements et d’infrastructures (énergie) à garantir, sans garantie automatique de succès malgré l’influence accrue de la France.

La France renforce son influence sur Eramet en devenant son premier actionnaire, avec une participation pouvant atteindre 49 % des droits de vote, après une augmentation de capital de 500 millions d’euros annoncée le 12 octobre. Cette manœuvre vise à sécuriser les approvisionnements européens en métaux critiques, alors que le groupe, en difficulté financière (perte nette de 477 millions d’euros en 2025), peine à assurer sa pérennité. Pour Libreville, cette évolution soulève une question cruciale : comment transformer ce levier politique en garanties concrètes pour l’industrie et l’emploi locaux, alors que le Gabon détient 63,7 % de Comilog, la filiale minière d’Eramet.

Le protocole signé le 20 juillet 2026 à l’Élysée entre le Gabon et Eramet prévoit l’étude de projets de transformation locale du manganèse, avec un objectif de 700 000 tonnes par an d’ici fin 2031. Cependant, ces ambitions restent conditionnées à des facteurs clés comme l’accès à l’énergie, que Libreville s’engage à garantir. Ike Ngouoni, ancien porte-parole de la présidence gabonaise, souligne que « pour la France, c’est un geste assumé de souveraineté minière », mais interroge les contreparties réelles pour le Gabon dans cette nouvelle dynamique où Paris négocie désormais en tant qu’État actionnaire plutôt qu’en tant qu’investisseur industriel.

Si la France peut désormais peser davantage sur les décisions stratégiques d’Eramet, cette position renforcée pourrait aussi servir ses priorités avant tout. Pour Libreville, l’enjeu est de clarifier les financements, les échéances et les créations d’emplois liés aux projets annoncés. Comme le rappelle Ike Ngouoni, « ce changement de contrepartie ne garantit rien en soi », mais impose à Libreville de repenser sa stratégie de négociation. Le défi sera de concilier les intérêts français en matière d’approvisionnement avec les besoins gabonais en industrialisation et en emplois durables, dans un contexte où les engagements restent à préciser et à faire respecter.

La recapitalisation d’Eramet par la France offre une opportunité pour le Gabon de dynamiser son secteur minier, mais aussi un défi : transformer cette influence accrue en résultats tangibles. Les gains pour Libreville dépendront de sa capacité à négocier des engagements concrets et à suivre leur exécution, tout en assurant les infrastructures nécessaires (énergie, logistique). Sans contreparties claires, le Gabon risque de voir ses intérêts industriels subordonnés aux priorités stratégiques de Paris, comme le souligne l’analyse d’Ike Ngouoni. L’enjeu est désormais de faire converger ces intérêts vers des investissements vérifiables et bénéfiques pour les deux parties.

Synthèse rédigée par KasoNews avec l'aide de l'IA, à partir de l'article de Gabonreview. Retrouvez tous les détails dans l'article original.

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